A l’adolescence, le jeune n’aurait plus besoin de ses parents, et les parents n’auraient aucun droit de regard sur la manière dont l’ado utilise les réseaux sociaux. Vraiment?
Trouver la juste distance avec un adolescent : tout un programme qui peut durer des années! Il s’agit d’un équilibre souvent difficile à trouver et particulièrement en cette période d’été où les ados ont plus de temps pour eux et où les familles vont prendre un peu de temps pour se retrouver. Les ados seront peut être souvent dans leur chambre, porte fermée. Un peu trop?
En tant que parents, nous pouvons parfois interpréter le besoin de solitude de notre adolescent comme un rejet à notre encontre. C’est même une idée reçue: avec l’adolescence, l’enfant s’éloignerait de ses parents dont il aurait, de moins en moins besoin voire plus du tout (hormis pour remplir le frigidaire!)
Un éloignement définitif dès l’adolescence? Je n’en suis pas certaine. Mais qu’il ait différemment besoin de ses parents, sans doute.
En effet, j’entendais un ado dire récemment :
« Quand je rentre chez moi, je vais directement dans ma chambre. Je n’ai pas forcément envie de voir les autres. J’entends les bruits de la maison et cela me suffit. »
Cette dernière phrase me semble précieuse. Elle me semble aller à l’encontre de notre première pensée qui nous semble évidente : « il n’a plus besoin de nous » en éclairant d’une autre manière, l’envie de l’ado d’être seul.
Certains adolescents peuvent donc avoir besoin de se retirer pour se retrouver, mais tout en sachant que leurs siens sont à portée de voix. Ce besoin de permanence du lien pourrait d’ailleurs être bien plus importante pour eux qu’ils veulent bien le laisser penser.
Côté parents, la juste distance consisterait peut-être à respecter ce besoin d’autonomie sans le vivre comme une séparation définitive et encore moins comme une décision prise contre nous.
Elle consisterait également à se rendre disponible lorsque l’adolescent choisit de venir vers nous.
Combien de fois répondons-nous :
« Pas maintenant, » ou « On en parle plus tard, » « J’ai quelque chose à finir. »
Or les adolescents ne choisissent pas toujours le moment idéal pour se confier. (C’est même leur marque de fabrique!) Lorsqu’ils commencent à parler, il est souvent important d’être pleinement présent:
- d’écouter avant de conseiller,
- d’accueillir, avant de formuler une réponse éventuelle. Et d’ailleurs, à bien y réfléchir, une réponse est-elle réellement demandée par notre ado ?
Cette juste distance nous demande donc parfois de nous arrêter pour :
- nous dire que ce n’est pas parce que l’ado cherche, le plus souvent, à être seul qu’il souhaite être isolé (la différence est de taille) et
- changer légèrement notre posture afin d’être plus proche de ses besoins particuliers d’ado.
Il existe un autre lieu où l’idée reçue selon laquelle l’ado serait en autonomie, seul utilisateur et unique décisionnaire, est partout: les réseaux sociaux.
Certains parents peuvent penser parfois que les réseaux sociaux, les écrans, les échanges en ligne relèvent de leur vie privée et que les parents n’auraient plus d’autre choix que de rester à l’écart de cet univers. On a l’impression qu’alors qu’ils vivent encore sous notre toit, une partie de leur vie nous est devenue inaccessible et que c’est normal ou en tout cas, inévitable. Il me semble que cette évidence peut être contestée dans les familles.
En effet, nos adolescents sont encore en construction. Ils développent leur esprit critique, apprennent à gérer leurs émotions, à discerner l’information, à faire face à l’influence du groupe et aux risques relationnels.
Il me semble que respecter leur intimité ne signifie pas les laisser seuls face à ces enjeux.
Ils ont encore besoin d’adultes qui s’intéressent à ce qu’ils vivent, qui posent des questions, qui dialoguent, qui accompagnent et qui donnent des repères.
Dans les deux cas, être parent d’un adolescent, c’est naviguer à vue et contre les évidences :
ce n’est ni tout contrôler, mais encore moins disparaître parce que la porte de la chambre serait fermée, ou parce que l’ado aurait droit à sa vie privée sur les réseaux.
Il me semble qu’en matière d’éducation à la vie numérique particulièrement, les parents doivent continuer d’être là, parce que ce sujet peut en appeler d’autres qui peuvent être sérieux voire graves. Et c’est pour cela que certains parents peuvent trouver difficile cette juste distance si complexe à approcher…
C’est continuer à éduquer sans être envahissant, continuer à transmettre les valeurs qui sont importantes à votre famille, sans être intrusif, disponible sans être constamment derrière eux.
Avec les adolescents, le défi n’est pas d’être partout dans leur vie, mais d’être à la fois suffisamment proche lorsqu’ils en ont besoin, ou pour pouvoir aborder un sujet en particulier et à la fois suffisamment loin pour leur permettre de grandir.
Et vous, qu’allez-vous mettre en oeuvre cet été pour garder le lien avec vos ados?
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